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LES CIMETIERES MILITAIRES AMERICAINS

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Message par LAVEC



LES CIMETIERES MILITAIRES AMERICAINS

LEUR HISTORIQUE

LEUR EDIFICATION

HISTORIQUE DES CIMETIERES

Bien avant le début des combats relatifs au débarquement, l’état-major américain savait que les pertes en hommes et en matériels seraient conséquentes. Ainsi qu’il en va dans l’organisation de toute bataille, il dût penser à déterminer des endroits propices à l’édification de cimetières provisoires. Il fut amené à choisir deux emplacements : l’un au sud de Sainte Honorine-les-Pertes pour le secteur d’Omaha, l’autre près de Criqueville, dans le Cotentin pour le secteur d’Utah.
Mais la résistance, la détermination et la combativité imprévue des troupes allemandes, qui tenaient encore ces secteurs au soir du 6 juin 1944, devaient modifier ces plans. Confrontée à cette réalité, l’unité chargée des sépultures attachée à la 5th Engineer Spécial Brigade, la 3rd Section de la 606th Quarter Master Graves Registration Company (Compagnie d'enregistrement et de traitement des tombes), dût établir dans l’urgence, un lieu provisoire pour inhumer les soldats tombés dans la bataille. Ils choisirent la bande de terrain opposée à la plage de Vierville-sur-mer à peu de distance de la sortie D1
Ainsi commencèrent les diverses étapes de l’édification du cimetière tel que nous le connaissons actuellement, lesquelles se déroulèrent en quatre phases que nous allons développer

CIMETIERE PROVISOIRE N° 1 DE VIERVILLE SUR MER

Ce cimetière fut implanté dans l’urgence, juste derrière la plage de Vierville-sur-mer, de l'autre côté de la route. Le travail commença le 7 juin. Il fut confié aux hommes de la 603rd Quartermaster Graves Registration Company et à ceux de la 606th Quartermaster Graves Registration Company. Ces hommes se rendirent vite compte de l’ampleur de la tâche immense qui leur incombait. Ils furent dans l’obligation de réquisitionner des prisonniers allemands pour les aider dans celle-ci qui fut très lente car les opérations à effectuer étaient nombreuses et fastidieuses :
1°) REGROUPER LES VICTIMES
Celles-ci étaient non seulement fort nombreuses mais aussi disséminées partout sur les plages, dans les dunes, les bunkers, là où la mort avait frappé. La nécessité première était de regrouper tous les corps à des endroits accessibles aux véhicules, en haut des plages, et ensuite de les acheminer vers le lieu de sépulture choisi.
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Les premiers corps sont regroupés en haut des plages. (NA /USA)
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Un des points de regroupement provisoire des corps. Appuyé au mur, un casque allemand sur un Mauser Kar 98k (NA /USA)
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Les corps sont relevés afin d'être transportés en haut de la plage. (NA USA)

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Des infirmiers contrôlent la plaque d'identité d'une victime. (NA /USA)
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Des soldats américains, aidés par un civil français, évacuent le corps de l’un des leurs (NA /USA)
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Une longue colonne de prisonniers allemands transportant des corps vers le lieu de regroupement. (NA /USA)

2°) RELEVER LES IDENTITES :
Cette opération a pu être réalisée au moyen des plaques d’identité (Dog-tag) que portait en double exemplaire chaque soldat mais aussi grâce aux noms inscrits sur les uniformes ainsi qu’aux différents papiers d’identité et papiers personnels tels que courrier, photos etc. Il fallait ensuite inscrire ces identités sur des registres, mais aussi, geste important, pour prévenir dès que possible les familles du décès de leur soldat. Un exemplaire de la plaque était mis sur les tombes provisoires avant d'être recueillies, ultérieurement, pour les archives du ministère de la guerre. Elles permettront, entre autres, de déterminer le nombre de victimes des combats. L’autre exemplaire était inséré entre les mâchoires, coincée (dans la mesure du possible) par les dents de la victime, de façon à ce qu’elle fasse partie intégrante du corps afin qu’il soit possible de procéder à toute autre identification même lorsque le corps serait réduit à l’état de squelette.
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Plaques d'identité (Dog tag) en vigueur en 1944 : en haut américaines, en bas allemande

3°) RECUPERER LES OBJETS PERSONNELS :
Les papiers divers, photographies, bracelets montres , bijoux, argent etc., sont soigneusement récupérés sur les corps et répertoriés pour les remettre ultérieurement aux familles. Cela demandera un travail colossal de plusieurs années aux personnels chargés d’emballer, d’entreposer et de distribuer à chaque famille concernée, les biens de leur disparu. Certaines de ces familles les conserveront comme de véritables reliques ainsi la famille du lieutenant-colonel Isley conserve encore à l’heure actuelle le casque troué par un éclat d’obus qui a failli coûter la vie à son propriétaire. Pour beaucoup d'entre elles, ces biens sont les seuls liens qui les unissent encore à leur disparu inhumé en terre lointaine.

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Une équipe des Graves Registrations Company récupère des objets personnels sur un corps. (NA /USA)
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Objets personnels récupérés sur un corps (NA /USA)

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Le sergeant P. Slusarezyk de la 603rd Graves Registration Company relève l’identité des corps au moyen des Dogs tags (Plaque d'identité) et fait l'inventaire des objets récupérés sur ceux-ci. (NA /USA)

4°) DEMILITARISER LES CORPS :
Il fut aussi nécessaire de débarrasser les corps des engins de combats tels que grenades, munitions, coutelas, baïonnettes, casques, ceinturons, cartouchières, guêtres, gourdes, pansements etc. que chaque militaire avait reçu en dotation de combat et ce, afin d’assurer un maximum de sécurité aux personnels chargés des inhumations. Par ailleurs, ces objets pouvaient toujours être utilisés et il aurait été coûteux et inutile de les enterrer avec leur porteur.
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Les corps sont débarrassés des engins militaires susceptibles d’être dangereux pour les personnels chargés de leur sépulture. (NA /USA)
5°) NOTER L’IDENTITE DE CHAQUE VICTIME SUR SON LINCEUL :
Ce travail avait pour finalité de pouvoir avoir la certitude que le corps qui était dans le linceul correspondait bien avec l’identité du corps concerné sans avoir à ouvrir le linceul. De plus, cela permettait de s’assurer que le corps correspondrait bien à l’identité que l’on inscrirait sur la tombe ultérieurement. Cette inscription concernait le nom, le grade et le matricule de la victime.
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Cet homme inscrit l’identité d’une victime sur un linceul au moyen de peinture. A voir la pile de linceuls entassée devant lui, il n’est pas au bout de ses peines (NA /USA)
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Le sergeant Melvin Clott, de la 603rd Graves Registration Service remplit une étiquette sur des sacs (burial pouch) contenants des effets personnels de soldats tués. Ces sacs seront expédiés aux Quartermaster Army Effects Bureau, Kansas City Quartermaster Depot, Kansas City, Missouri en vue d'être rendus aux familles (NA /USA)
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Cette femme trie les effets personnels contenus dans les burial pouch comme ceux de la photo précédente, aux Etats-Unis. Elle sépare les objets militaires réutilisables appartenant à l'armée des objets ayant appartenus aux victimes qui seront restitués aux familles. (NA /USA)

6°) METTRE LES CORPS DANS LES LINCEULS
Il avait été initialement prévu, lors de l’élaboration des plans du débarquement, que les corps des victimes ne seraient pas, dans un premier temps, mis en cercueil car le transport de ceux-ci, en provenance d’Angleterre, aurait nécessité des moyens importants en hommes et en matériels, moyens qui devaient être utilisés prioritairement à la poursuite de l’offensive. Avant de débarquer, chaque homme avait théoriquement reçu un Body bag (littéralement : sac de corps) que les GI’s nommaient entre eux "Cold meat bag", (sac à viande froide). Ces sacs étaient, en réalité, des housses à matelas. Théoriquement, car bon nombre de ces hommes avaient perdu leur barda ou s’en étaient débarrassé quand ils étaient tombés dans l’eau afin d’éviter la noyade et surnager, aussi les unités chargées des sépultures se sont vite trouvées devant un manque évident de Body bag. On en avait demandé à l’intendance mais il fallait laisser le temps que ceux-ci arrivent. Or, du temps, on n’en avait pas car l’état de certains corps, ou de ce qu’il en restait, était tel que la priorité des linceuls fut donnée aux plus atteints et aux morceaux de corps incomplets. D’autant plus que nous étions en juin et que la chaleur ambiante ne favorisait pas la conservation des chairs. Cela explique pourquoi un certain nombre de victimes furent inhumées à même le sable, le visage recouvert d’un linge, d'une bâche, d'une toile de tente ou d'une couverture, dans des fosses peu profondes hâtivement creusées parfois avec l’aide de bulldozers. Seuls les paras étaient enterrés dans leur parachute. On avait dit que, de toutes façons, puisque le cimetière était provisoire, on serait amené à relever les corps, et qu’il serait toujours temps à ce moment-là, de les mettre en linceuls voire en cercueils. L'urgence faisait que la priorité donnée était d'abord d'accorder aux soldats tombés, une sépulture décente sans que pour cela, leur intégrité ne soit bafouée. Par ailleurs, les Américains se sont aussi chargés d'inhumer leurs adversaires qui, eux n'avaient pas de Body bag et il a fallu leur en fournir. Les victimes allemandes ont été traitées sur le même pied d'égalité et avec le même respect que les victimes américaines par les services américains des Graves Registration Company.
-Le 8 juin 457 Américains, 22 Alliés (pilotes RAF) et env. 80 Allemands avaient été inhumés
-Le 10 juin 775 Américains, 200 Allemands et 48 Alliés (pilotes RAF) avaient été inhumés
Beaucoup de corps n'ont pas reçu une sépulture dans les jours qui ont suivis le débarquement, en particulier ceux qui étaient dans des bunkers ou dans des lieus isolés. Dans le livre "En juin 44, j'avais ton âge", M. René Parey, habitant au village de La Cambe déclare :" – Je suis allé à Vierville sur mer le 18 juin, j'ai vu une pyramide de soldats allemands qui avaient été brûlés. Je suis allé sur la plage. Les morts n'avaient pas tous été ramassés, cela faisait 12 jours qu'ils étaient là alors ça sentait très fort. Des chevaux étaient en train de pourrir sur le bord des routes. Les soldats américains étaient recouverts d'une couverture, les allemands n'avaient rien. C'étaient en grande partie des Mongols".
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Deux hommes de la 603rd Graves Registration Company relèvent un corps après l'avoir mis en linceul. (NA/USA)
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La tâche des équipes chargées des sépultures est immense : des milliers de corps, tant Allemands qu'Américains, sont relevés. (NA /USA)

NORMALISATION DES CIMETIERES ET DES TOMBES :
Même pour un cimetière provisoire, les dimensions de profondeur, de largeur, de longueur et d'espacement des tombes étaient normalisées. Les Quartermaster Graves Registrations se référaient à un manuel mis à leur disposition par l'Armée U.S. Les documents qui suivent sont tirées de ce manuel :
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Notez que sont précisés les points suivants :
(1) Les tombes auront une profondeur minimum de 5 pieds (soit 1,5m, ce qui ne sera pas appliqué à Vierville)
(2) Tous les enterrements se feront en mettant les têtes dans la même direction
(3) Le marqueur d'identité du défunt sera placée à la tête de la tombe
(4) Les tombes seront numérotées consécutivement en partant du N°1 à droite et en suivant par la gauche (en se tenant au pied de la tombe et face à la tête), et ainsi de suite en suivant

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Les dimensions indiquées sont notées dans les deux systèmes connus (métrique et en système anglais)
Traduction des annotations :
(5) Quand le terrain ou d'autres raisons nécessiteront de creuser une tranchée pour les inhumations de masse, les restes humains seront enterrés de la même manière et à la même distance que celles portées sur le plan (fig. Sketch A)
(6) Dans le cas d'un sol léger ou sablonneux où les fouilles risquent de s'ébouler, il sera nécessaire de creuser la tranchée à une profondeur maximale de 4 pieds (1,20m) et ensuite creuser l'emplacement de chaque corps à 1 pied plus profond.
(7) Prendre soin d'aligner les tombes aussi bien latéralement que longitudinalement
(Cool Sur tous les plans ou croquis, une flèche devra indiquer le Nord
(9) Tous les plans ou croquis devront être séparés et portés sur une feuille différente pour chaque cimetière ou point d'inhumation.
A noter qu'il était spécifié que la dépouille d'un GI's ne devait en aucun cas être située à moins de deux mètres de celle d'un Allemand. (E.D = Enemy Dead)
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Le terrain qui va accueillir le cimetière de Vierville est préparé au moyen de bulldozers. (NA/USA)

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Devant l’ampleur de la tâche, des prisonniers allemands sont appelés à l’aide pour ensevelir les victimes. Chaque petit poteau blanc, sur lequel sera fixée la plaque d’identité du défunt, correspond à une tombe. (NA /USA)
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Les premiers corps sont inhumés au cimetière provisoire n°1 de Vierville-sur-mer. Remarquez la faible profondeur des fosses, le cordeau servant à l'alignement ainsi que le bulldozer aidant à creuser les fosses au second plan. (NA /USA)
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Vue rapprochée d'une tombe américaine au cimetière provisoire n°1 de Vierville sur mer, montrant la façon dont les tombes étaient repérées au moyen des plaques d'identité

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Un homme met des corps dans les linceuls. Remarquez que le petit poteau blanc, sur lequel sera apposé la Dog-Tag, est déjà posé sur les corps identifiés, ici à La Cambe (NA /USA)

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Des corps allemands sont pris en charge par les Américains. Remarquez que l'obligation américaine de ne pas photographier un corps dont le visage est reconnaissable ne s'applique aux Allemands   (NA/USA)
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Vue du cimetière N°1 de Vierville au bord de la route (NA /USA)

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Une cérémonie est célébrée au cimetière provisoire de Vierville en présence du maire du village et de civils. Remarquez la marque de neutralité (peinte sur le casque du capitaine médecin au premier rang) qui est une ébauche des marques qui seront adoptées par la suite (NA/USA

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Trousse d'autopsie de médecin légiste. (NA/USA)

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Ce médecin légiste procède au relevé de la dentition d’un crâne en vue d’identification. (NA/USA)
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Les effets personnels des victimes étaient envoyés à leur famille dans ces paquets postaux. (NA/USA)


LE CIMETIERE N° 2 DE LA CAMBE

Ce cimetière fut érigé à l’emplacement de l’actuel cimetière militaire allemand de La Cambe, à quelques kilomètres de Colleville-sur-mer. Il ne regroupait pas seulement les victimes américaines mais aussi les victimes allemandes. Ce sont, en effet, les Américains qui ont donné une sépulture décente à leurs adversaires car ceux-ci n’avaient plus aucune structure de leur armée chargée habituellement de cette tâche, et qui était apte à s’occuper des défunts.
A partir du 17 juin 1944, on commença le transfert des corps vers ce second cimetière, toujours provisoire, dans l’attente qu’un gouvernement français soit créé et alloue un terrain à l’édification de ce cimetière définitif. Chaque corps fut transporté en vrac, dans des GMC ou des remorques. Les habitants du village de la Cambe de l'époque témoignent de ce qu’ils ont vu dans leur livre : "En juin 44, j’avais ton âge"
-Mr René Havard : "J'ai vu des camions entièrement remplis de morts qui se rendaient au cimetière. J'ai vu des Allemands enterrés provisoirement sur le bord des routes avec leurs bottes qui sortaient de terre pour signaler leur présence"
-Mr Maurice Laronche : "Au cimetière, ils empilaient les morts en croisillons puis ils mettaient des bâches dessus. Les Américains étaient enterrés à l'entrée et les Allemands au fond."
-Mr Paul Dière : "Il y avait tellement de corps que les équipes n'arrivaient pas à suivre pour les enterrer. Les Allemands étaient mis dans des draps blancs puis dans des grandes tranchées, on versait de la chaux vive dessus et on les recouvrait de terre. Ensuite on les déterrait pour prendre les médailles, les papiers et les plaques d'identités. Quand les Noirs qui conduisaient les camions transportant les corps s'arrêtaient pour boire un coup au village, ils laissaient les camions pleins de morts devant le café. Vous aviez les bras, les mains qui pendaient. Cinq ou six jours après le débarquement, on voyait des morts arriver qui n'avaient plus de tête. L'odeur était insupportable".
-Mr Alfred Génouin Duhamel : "Des camions entiers bondés de cadavres, passaient devant la maison et on voyait des pieds et des mains qui dépassaient. Ils étaient mis en tas près du cimetière. Et cette odeur ! Ça reste quand on est gamins !"
-Mr Bernard Fleutot : "On allait voir les morts dans les trous, c'était à ciel ouvert. Ce n'était pas un beau spectacle, quand ils emmenaient des corps frais, ça allait, mais la plupart étaient morts depuis 10/15 jours et ils étaient verts !"
-Mr Yves Delarue : "J’avais 17 ans en 1944. Deux jours après le débarquement, des officiers américains sont venus à la ferme pour demander des hommes pour aider à enterrer les morts. Ils savaient depuis mars 44, qu’ils édifieraient un cimetière dans notre champ parce qu’il n’y avait pas de pierres, il avaient des cartes où tout était indiqué. Des camions amenaient sans cesse des corps. Au début, j’étais chargé de fouiller les corps pour ramasser les objets personnels que je mettais dans un sac fermé avec une cordelette. On mettait les armes de côté et on gardait les cigarettes qui étaient partagées entre ceux qui creusaient les fosses. Au début, on les enterrait dans leur parachute ou dans des sacs spéciaux. Bien après, vers la fin, les cercueils sont arrivés et il a fallu déterrer ceux qu’on avait mis dans des sacs. C’était très dur moralement mais aussi physiquement car l’odeur était atroce. On passait des heures à se laver le soir pour essayer de l’enlever. A la longue, je me suis "habitué" à tripoter tous ces morts."
Chaque corps fut examiné aux fins d’identifications plus précises que celles faites dans l’urgence des premières heures. Ce travail commença mi-juillet 1944 pour se terminer fin novembre 1946.
Il fut décidé que 40% de l’emplacement requis serait occupé par les tombes allemandes et les 60% restants furent affectés aux Américains et ce, dans deux parcelles adjacentes. A partir de septembre 1947, le gouvernement américain commença et prit en charge le rapatriement des corps des soldats vers les Etats-Unis pour les familles qui le souhaitaient. Environ 70% des corps des tués pendant la bataille de Normandie, soit 34874, furent rapatriés. Pour les autres, les familles étaient désireuses que leur soldat repose auprès de ses frères d’armes, là où il avait été tué. Ce fut le cas notamment pour Théodore Roosevelt, neveu du président des Etats-Unis, comme fut celui du général Patton au cimetière militaire américain de Hamm, au Luxembourg. Le nombre de soldats américains inhumés dans ce cimetière n°2 de La Cambe était de 4534, le nombre de soldats allemands était de 8574.
On était aussi moins pressé par la tâche et on commença aussi à donner un caractère plus humain et plus respectueux aux tombes : on mit une croix en bois avec l’identité du soldat, au moyen des Dog-tag pour les Américains. A cette époque, aucune différence de confession n’était marquée. Chaque tombe de soldat allemand fut surmontée d’une croix en tôle d'aluminium peinte en noir, surlignée de blanc. Un exemplaire de cette croix a été visible pendant quelques temps dans le hall d’accueil de l’actuel cimetière allemand de La Cambe mais a été maintenant transférée au Mémorial de Caen.
Ce cimetière a été l’objet de beaucoup de controverses l’année qui a suivi la fin de son érection, après la Libération et à la fin de la guerre. En effet, beaucoup de personnes virent d’un mauvais œil que des soldats allemands, honnis des Français, soient enterrés à côtés des Vaillants Libérateurs aussi commença-t-on à rechercher un terrain susceptible d’accueillir les corps américains, les corps allemands restant sur place.
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Un prisonnier allemand aide à transporter les corps, jetés pêle-mêle dans un G.M.C (NA/USA)

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Des prisonniers allemands déchargent des corps d’un camion sous la garde de M.P noirs (NA/USA)


Encore une fois, ce ne fut pas sans polémiques : les municipalités, les propriétaires des terrains, les associations d’anciens combattants refusèrent que les soldats allemands responsables à leurs yeux, et souvent à juste titre, de tant de malheurs et de drames, reposent sur le sol de leur commune, 5 ans d’occupation avaient largement suffit. Ce fut au point que les tombes allemandes sont pratiquement restées à l’abandon et ce, au moins jusqu’en 1958. A cette époque, le cimetière de La Cambe offrait aux éventuels visiteurs, un spectacle de désolation et ressemblait plus à un champ de friches qu’à un lieu de recueillement
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Aspect du cimetière allemand de La Cambe en 1958 (Col. Privée Gockel)
En juin 1958, le cimetière a été pris en charge par une association privée allemande, la Volksbund Deutscher Kriegsgräberfürsorge qui déposa un projet d’aménagement du site, prévu au début des années 1960, auprès des autorités françaises qui achetèrent le terrain au nom du Ministère des Anciens Combattants qui en est toujours le propriétaire. Ces précisions m’ont été apportées par le vétéran allemand du WN 62, Franz Gockel que j’avais rencontré lors d’une commémoration au cimetière de Colleville-sur-mer, en juin 2003.
Le 26 juin 1944, 1510 Américains, 48 Alliés et 606 Allemands avaient reçus une sépulture décente.
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Les premiers corps sont transférés au cimetière n°2 de La Cambe. Il s'agit ici d'Américains (Linceuls blancs) (NA/USA)

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Des civils requis déchargent des cadavres allemands (semelles cloutées) à la fourche, preuve que le ressentiment, voire la cruauté, des civils envers le boche, est grand. Le jeune garçon, le plus près du camion a 16 ans et se nomme Yves Delarue. D'après son témoignage, la scène se passe le 12 juin 44 et il y avait une trentaine de cadavres dans le camion. Les cadavres recouverts le long de la haie sont américains (NA/USA)

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Les corps sont regroupés dans des champs à proximité du cimetière provisoire de La Cambe. Au fond, on aperçoit les prisonniers allemands creusant les fosses (NA/USA)

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Des corps alignés côte à côte, attendent d'être ensevelis. (NA/USA)
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Des corps sont constamment amenés au cimetière de la Cambe. Ici, un détachement de prisonniers allemands rend les honneurs pendant que l'aumônier américain Francis L. Sampson du 501st PIR de la 101st US Armored Brigade bénit les corps de paras tués (reconnaissables au fait qu'ils sont enveloppés dans leur parachute). (NA/USA)

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Des femmes des WAC (Women Auxiliary Corps) conductrices d'ambulance, se recueillent et fleurissent une tombe américaine au cimetière de La Cambe. (NA/USA)

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Ces hommes se recueillent sur la tombe d'un de leur camarade. Ce sont, de gauche à droite, Mike Saymanski de Chicago, (Illinois), de V. Sablabach de Millisburg, (Ohio), d'Art Wahlen de Scranton, (Pennsylvanie), de Howard Millinbop de Pittsburg, Pennsylvanie. Ils sont tous de la 175th Infantry Regiment de la 29th US Infantry Division. A l’arrière-plan, le cimetière côté allemand. (NA/USA)

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Le Private Alfonton Ortega est occupé à peindre en blanc des croix de bois pour le cimetière N°2 (NA/USA)

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Dimensions réglementaires des croix romaines, étoiles de David et piquets nominatifs provisoires. Celles-ci sont précises : Le piquet nominatif doit avoir 1 pouce d'épaisseur, 6 pouces de largeur au point le plus haut et 38 pouces de longueur. Les tombes des soldats allemands portaient la mention " ED" pour Enemy Dead et ne comportaient pas de distinctions de religions. (Ces tombes ne devaient en aucun cas être situées à moins de 2 m d'une tombe américaine). Le piquet nominatif était placé au pied de la tombe (NA/USA)
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Plan d'implantation des tombes par les Américains au cimetière n°2 de La Cambe (NA/USA)

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Vue aérienne du cimetière de La Cambe fin 1945. Le secteur américain est devant, le secteur allemand est au fond, (NA/USA)
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Les corps des soldats allemands retrouvés dans les villages sont mis en bière par des civils avant d'être transportés au cimetière provisoire de la Cambe. A noter que le cercueil ne servait que pour le transport. Les corps étaient sortis à leur arrivée à La Cambe pour que les cercueils soient réutilisés. (NA/USA)

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Capsule étanche (NA/USA).    
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 Pince à graver les Dogs-tag. (NA/USA)

La capsule étanche contenant le "Report of Burial Certificate" (certificat d'inhumation) était placée dans la tombe provisoire, à faible profondeur (12" soit env. 30cm). Elle avait pour but d'empêcher la détérioration du document qu'elle contenait par l'humidité du sol. Elle contenait l'identité du corps ainsi que la date d'inhumation provisoire. Le Report of Burial Certificate était ensuite envoyé aux archives aux Etats–Unis après que la sépulture définitive ait eu lieu, de sorte qu'on était certain que, lorsque le document arrivait, le corps avait reçu une sépulture définitive et l'on savait où se trouvait la tombe. En même temps, on fixait une plaque métallique, réalisée au moyen d'une pince à gaufrer, sur le piquet de nom. Elle comportait 5 lignes d'inscriptions :
1e ligne : Le nom et le prénom
2e ligne : Le n° matricule
3e ligne : Le grade
4e ligne : date du décès et religion (C pour catholique, P pour protestant, H pour hébreu)
5e ligne : Lieu de la tombe : cimetière, section, rangée numéro.
LES CIMETIERES MILITAIRES AMERICAINS  Cimet146

Un exemplaire de "Report of Burial". Il concerne un GI's décédé des suites de blessures (GSW in back, gun shoot wound, blessure par balle dans le dos) en Hollande en août 1945. Remarquez la précision des éléments notés : 160 francs français, 10 francs belges, 7 £ etc. Il est même précisé le lieu de sépulture définitif : 749514 Holland ainsi que les noms et matricules des tués situés à sa gauche et à sa droite. (NA/USA)

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Un "Burial pouch" destiné à la famille. Toutes les informations nécessaires y étaient mentionnées tel que l'état dans lequel le corps avait été trouvé, s'il y avait des membres manquants, à quelle bataille il avait été tué, à quelle date, la place de la tombe etc. (NA/USA)
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Un homme des "Grave Registration" procède au relevé des effets personnels d'un soldat tué. Ces effets seront ensuite placés dans un sac appelé "Burial pouch" et envoyés à la famille du défunt (NA/USA)
 Hubert DENYS©

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